Tag: Fiction

10
Mar

[CRITIQUE] Marjane Satrapi – « The Voices »

[L’intégralité de l’article par ici : http://www.culturopoing.com/cinema/sorties-salles-cinema/marjane-satrapi-the-voices/20150310 ]

« Did you fuck the bitch ? » M. Moustache

 

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A Milton, petite ville des Etats-Unis, Jerry va bien. Outre son boulot en CDI à l’usine de baignoires de la ville, il a des amis. Deux, en fait : un chat diabolique et un chien pataud. A qui il parle. Et qui lui répondent. Tout baigne, donc.

Il ne lui manque qu’une petite amie pour combler le vide de son cœur et le monde de poupées dans lequel le maintient sa schizophrénie galopante. Tout va bien, si, si, même s’il oublie un peu volontairement de prendre ses cachets pour ne pas perdre ses buddies, et que M. Moustache, le chat écossais, commence à sérieusement le manipuler vers des pulsions meurtrières. Dommage pour Fiona, la petite british coquine de la compta, dont la tête coupée par accident fera toutefois un parfait compagnon de discussion au petit déjeuner.

TheVoices_c_Reiner_Bajo[…]

C’est que Marjane Satrapi, soit par éthique (ce qu’elle semble défendre dans l’interview du dossier de presse), soit par commande, se refuse à prendre au corps cette violence sous-jacente au pitch. En se tenant à l’exacte limite des deux pôles, jamais effrayant, sympathique mais rarement hilarant, il troque sa toque foutraque de sale gosse pour le costume trop sage d’un enfant poli. Pas étonnant alors qu’après une première demi-heure totalement jouissive, la survenue du premier meurtre fasse marquer le pas de la gradation et du film tout entier.

Vidé de l’horreur, tournée en dérision voire évitée purement et simplement, ce qui aurait pu être une magnifique série B de comédie dark révèle alors un film finalement assez fainéant, qui se meurt lentement sous son pitch initial.

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09
Fév

[CRITIQUE]Alice Rohrwacher – « Les merveilles »

[L’intégralité de l’article par ici : http://www.culturopoing.com/cinema/sorties-salles-cinema/alice-rohrwacher-les-merveilles/20150209

Flashback de 2014 : Cannes, fric et cocotiers. Classique et ridicule scandale du Palais, Les Merveilles, d’Alice Rohrwacher, prétendument formaté pour plaire à la présidente et froidement reçu par la presse cannoise, est reparti couronné du Grand Prix. Alors, miracle sensoriel ou esbrouffe auteuriste ?

 © Ad Vitam

« On devrait cacher un secret sous le carrelage, comme ca dans quelques années les gens le trouveront. »

[…]

Et le tour de force incroyable du film, c’est de ne jamais céder, quelle que soit la forme qu’il aborde, à une sorte d’ostentation. Pire : de sensiblerie.

C’est qu’Alice Rohrwacher se méfie de l’effet, du « truc ». Laissons cela à la télé : face à la simplicité évidente de chaque instant familial, l’outrance des costumes historiques ridicules et des filtres de couleurs du « Pays des merveilles » expose sa vulgarité. On y grime les paysans pour faire authentique, on célèbre le « vrai produit », on rit habillés en Etrusques, puis on pleure sur le bateau qui rentre.

Jamais de plans de coupes élégiaques, de gros plans outranciers : si « poésie » il y a, elle est toujours corrélée au plan, mais jamais son unique sujet. Face au trait facile, le film, lui, prend plutôt lui le parti de la patience. Par un travail subtil de mise en scène presque documentaire, où l’esthétique s’effaçe derrière le geste, le personnage, l’enregistrement d’une forme d’hyperprésent touchant,  donnant la sensation troublante d’un film qui se cherche autant que son héroïne. Journal de bord d’une adolescence solaire en autant de mues que de scènes, dans un geste hésitant entre la naturalité et une forme de poésie païenne et arte povera. Une fiction liquide et douce comme le miel, s’autorisant de brusques écarts quasi-fantastiques à la grammaire filmique, comme ce faux raccord d’ombres projetés dans la caverne où se réfugie les deux adolescents, puis retombant dans l’enregistrement quotidien de tomates à peler. Si coming-of-age il y a, il est tout à la fois autant celui de Gelsomina que de la réalisatrice et son geste, et du spectateur les regardant toutes deux se dévoiler , tous trois avançant tous ensemble de concert à tâtons, dans une quête bancale vers l’inconnu et le sensible.

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19
Jan

[CRITIQUE]Bennett Miller – « Foxcatcher »

[L’intégralité de l’article par ici : http://www.culturopoing.com/cinema/sorties-salles-cinema/bennett-miller-foxcatcher-22012015/20150119

Préambule : Il est difficile parfois de frapper juste. De lutter, surtout contre les souvenirs. Mais abandonner Foxcatcher à son souvenir aurait été une erreur. Parce que j’ai beau chercher des arguments intelligents, subtils et étayés (dont on espère au moins en lire quelques-uns ci-dessous), impossible d’en trouver un meilleur que celui-ci : vu à Arras il y a près de deux mois, le film continue de hanter.

Diamant noir au venin puissant, il suffit de prononcer son nom pour revoir surgir le silence de ses pièces, le grésillement psychopathe du micro de l’hélicoptère, le rire dévoilant les gencives maniaques de Carrel ou l’aube crépusculaire d’un haras d’où s’enfuient les chevaux chassés par la folie. Semblant se replier pour reprendre une nouvelle signification quelques jours plus tard alors qu’il m’avait laissé plutôt dubitatif à la sortie immédiate de la salle, Foxcatcher fait partie de ces trop rares films qui grandissent avec le temps. Que ces blocs de tristesse lourde, de profonde maladie continuent à sourdre et poursuivre dans notre époque chargée d’images me semble le plus beau des lauriers que l’on puisse lui tresser.

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[…]

Cette barrière du corps est l’un des enjeux majeurs du film, dont le sous-texte de désir maladif et crypto-gay imprègne peu à peu le récit. D’un corps flasque à la démarche rigide, jamais réellement regardé par sa mère, Du Pont ne sait que faire. Incarnation métaphorique d’un metteur en scène, il tente par le pouvoir de l’argent de s’acheter une présence, envoyant ses Doppelgänger musculeux incarner son nom et sa puissance aux yeux du monde. La grande intelligence du film est de ne jamais mettre en scène ce péché d’hybris comme autre chose qu’un caprice médiocre, mais effrayant car sans limite, dont il s’agira d’observer patiemment la résolution.

 

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19
Jan

[CRITIQUE]Alex Ross Perry – « Listen up Philip »

[L’intégralité de l’article ici : http://www.culturopoing.com/cinema/sorties-salles-cinema/alex-ross-perry-listen-up-philip-19012015/20150119 ]

Schwartzman is back to Rushmore : c’est en tout cas la première idée qui explose lorsqu’apparait, dans une scène d’ouverture très andersonienne toute de voix off de narration et de plans frontaux du dernier Alex Ross Perry, Listen up Philip, la mèche rebelle de Max Fischer dans les longs cheveux de Philip Lewis Friedman, auteur new-yorkais à succès à l’orée de la publication de son second roman.

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Meet Philip : narcissique, arrogant, critique, certes brillant et génial, mais paranoïaque, mesquin, méprisant, égocentrique et geignard. Un type charmant, donc.

[…]

Tout à la fois tendre et amer, d’une précision chirurgicale dans la galerie des portraits qu’il propose, le film se veut un panorama entomologiste de nos petits ou gros travers, pervertissant les codes du récit à tel point qu’on ne sait plus trop bien s’il cloue Philip au pilori ou lui trouve des excuses. C’est le rôle notamment de la voix-off, ami habituel du spectateur, qui joue ici de sa blancheur narrative pour introduire un venin descriptif tout en se refusant à prendre parti, injectant un trouble assez réjouissant. Le titre peut alors s’entendre comme une incantation assez ironique, du « Listen up ! » Philip (« écoutez-moi bien », par Philip) au Listen up, Philip (Ecoute, Philip !), dualité d’un personnage triste perclus d’un romantisme trop important pour le monde réel qu’on regarde au fil des saisons passer à côté de sa vie.

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29
Déc

[CRITIQUE] J.C. Chandor – « A most violent year »

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[L’intégralité de l’article par ici : http://www.culturopoing.com/cinema/sorties-salles-cinema/j-c-chandor-a-most-violent-year-29122014/20141229]

Il y avait dans Margin Call, premier coup de maître du prometteur J.C. Chandor, un vertige : celui de cette tour d’argent au-dessus des nuages, où dans une salle de réunion une dizaine de couillons en cravates, dieux modernes, prenaient des décisions qui allaient impacter l’humanité de pantins qui grouille dans la rue, tout en bas.

Faisant suite à un écart conceptuel et solitaire (All is lost), A Most Violent Year en constituerait, grâce à un bond de 30 ans en arrière, son pendant horizontal : univers de docks et de préfabriqués, de New Jersey avec « vue » sur Manhattan. Une banlieue, une marge, déjà, pour un film qui fonctionnera par la bande.

[…]

C’est l’horizon caché du récit, déjà à l’œuvre dans Margin Call : chez Chandor, malheureux les simples d’esprit. Ce n’est pas que le monde n’est pas violent, simplement les héros ne survivent que parce qu’ils ne savent pas. Et leur rédemption ne dépendra que de leur capacité à maitriser ou subir cette révélation, celle de l’entropie du système. Et qui dit maitrise, dit savoir, dit information. Dans son versant systémique, le film est éblouissant.

Qu’on ne s’y trompe pas, toutefois. Bien que bavard, A Most Violent Year n’en cède pourtant en rien à la paresse d’un petit théâtre filmé. Thriller de metteur en scène d’une virtuosité étourdissante à l’instar de ses deux séquences de braquages ou de la séquence de perquisition de la maison, la méticulosité implacable de son découpage donne au récit une élégance enivrante.

Une ivresse peuplée de fantômes : du New York hivernal à la desperate housewife double et apprêtée (Jessica Chastain, toute d’Armani vêtue), du jeu très Actors-studio-je-suis-un-taiseux-hop-regard-par-en-dessous d’Oscar Isaac aux réunions dans les arrière-salles de restaurants, A Most Violent Year navigue entre les totems d’un cinéma hollywoodien 70’s ou moderne à la jointure du classicisme et du Nouvel Hollywood : si l’on pense au Parrain, à De Palma, Lumet ou Pollack, pour les pères fondateurs, ce sont ensuite les figures de clairs-obscurs de James Gray (la tristesse d’un Two Lovers), les élégants récits de ville suspendus de Michael Mann (les gangsters de Heat), ou les rythmes d’informations de Fincher (l’ouverture de Social Network, l’enquête fantomatique de Zodiac) qui perfusent le visuel du film.

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Échos et hommages : si ce patronage mythologique et mythique fonctionne à plein lorsqu’il crée une étrange mélancolie de ce monde réel et cinématographique à la dérive, elles font pourtant peser sur lui un poids sous lequel il finira par ployer.

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